Sur la zone de Port-Jérôme, territoire à forte identité industrielle, les odeurs sont parfois discrètes, parfois plus marquées, mais toujours au cœur des préoccupations des habitants, des élus et des acteurs économiques. Plus qu’une simple gêne, les nuisances odorantes interrogent la qualité de vie, la perception de l’activité industrielle et la confiance entre les différentes parties prenantes du territoire.
Conscients de ces enjeux, les industriels ont lancé depuis plusieurs années une démarche structurée et progressive, visant non seulement à mieux comprendre les phénomènes odorants, mais aussi à les prévenir et à améliorer le dialogue local. Cette démarche s’est traduite au travers d’employés volontaires, qui ont été formés pour devenir “nez”, et qui sur Port-Jérôme, se sont réunis dans un groupe appelé “ LES RAFFINEZ”
LES RAFFINEZ : une démarche collective au service du territoire
LES RAFFINEZ, c’ est avant tout une démarche volontaire portée par les industriels de la zone de Port-Jérôme. L’objectif est clair : travailler collectivement à la réduction des nuisances odorantes et inscrire les pratiques industrielles dans une logique d’amélioration continue.
LES RAFFINEZ proposent une lecture globale des problématiques, à l’échelle du territoire. Cette approche permet de mutualiser les efforts, de partager les analyses et de renforcer la coordination entre :
- les industriels,
- les collectivités,
- les services de l’État,
- les organismes de surveillance,
- et, élément central du dispositif, les habitants.
Cette gouvernance partagée favorise un dialogue plus apaisé et plus constructif, fondé sur des faits objectivés plutôt que sur des perceptions isolées ou des incompréhensions.
Le réseau des « nez normands » : des citoyens formés à l’observation
Au cœur de cette démarche se trouve le
réseau des “nez normands”, coordonné par
Atmo Normandie, l’organisme agréé pour la surveillance de la qualité de l’air en Normandie.
Ce réseau repose sur l’engagement volontaire de citoyens : riverains, salariés d’entreprises, agents de collectivités ou acteurs associatifs. Tous ont en commun une curiosité pour leur environnement et une volonté de contribuer activement à l’amélioration du cadre de vie local.
Ces volontaires suivent une formation spécifique basée sur le
Langage des Nez®, une méthodologie reconnue qui permet de transformer une sensation olfactive subjective en une donnée structurée, comparable et exploitable.
Le Langage des Nez® : mettre des mots sur les odeurs
Décrire une odeur n’est pas si simple. Selon le niveau des NEZ (Sujet Initié, Sujet Qualifié, Expert Spécialisé, Grand Expert) ces derniers peuvent déterminer : si elle est soufrée, ternépique, aromatique ? Si elle est faible, modérée ou très intense ? Si elle est persistante ou fugace ?
Grâce au Langage des Nez®, les participants apprennent à :
- identifier la famille d’odeurs perçue,
- évaluer son intensité,
- préciser sa durée,
- contextualiser son apparition (heure, météo, direction du vent, activité environnante).
Cette grille de lecture commune permet d’harmoniser les observations et d’éviter les interprétations trop subjectives. Les données collectées gagnent ainsi en fiabilité et deviennent de véritables outils d’analyse pour Atmo Normandie et les partenaires du dispositif.
Un outil de veille et d’alerte précoce
Les observations des “nez” constituent un apport précieux pour la compréhension des phénomènes odorants sur le territoire. Elles permettent notamment :
- de repérer des récurrences,
- d’identifier des situations inhabituelles,
- de croiser les perceptions avec les conditions météorologiques ou les données industrielles,
- et, le cas échéant, d’anticiper ou de corriger certaines situations.
Il s’agit moins de désigner des responsables que de comprendre les mécanismes en jeu, afin de mettre en place des actions correctives ou préventives pertinentes.
SignalAir : donner la parole à tous
Parce que chacun peut être confronté à une nuisance odorante,
Atmo Normandie met également à disposition du grand public la plateforme SignalAir.
Accessible en ligne, SignalAir permet à toute personne de signaler une nuisance visuelle ou olfactive :
- une odeur,
- une fumée,
- ou tout autre phénomène atmosphérique inhabituel.
Le signalement est simple, anonyme et géolocalisé. Il indique le lieu, le moment et la nature du phénomène perçu. Ces informations sont ensuite analysées par Atmo Normandie et croisées avec :
- les observations du réseau de nez formés,
- les données météorologiques,
- les informations transmises par les industriels,
- et les éléments fournis par les autorités compétentes.
Cette approche croisée renforce considérablement la compréhension des situations et permet d’orienter, lorsque cela est nécessaire, des investigations ou des actions de prévention ciblées.
Transparence, confiance et amélioration continue
L’ensemble du dispositif repose sur un principe fondamental :
la transparence.
Transparence dans les outils mis à disposition du public, dans la structuration des données, dans le partage des analyses et dans le dialogue entre acteurs.
L’objectif n’est pas seulement de gérer des nuisances ponctuelles, mais bien de construire dans la durée une relation de confiance entre l’industrie et le territoire. En associant les habitants, en valorisant leur rôle d’observateurs et en objectivant les perceptions, la zone de Port-Jérôme se dote d’un modèle de gouvernance environnementale plus participatif et plus robuste. Mais ce n’est pas la seule zone où l’on peut trouver des “nez”, d’autres territoires comme Le Havre ou Rouen au niveau régional ont également mis en place cette expertise.
Un territoire qui apprend à mieux respirer… ensemble
Sur la zone de Port-Jérôme, les “nez” ne sont pas de simples capteurs d’odeurs. Ils sont les acteurs d’une démarche collective, au croisement de la science, de la citoyenneté et de l’industrie.
Les RAFFINEZ, le réseau des nez normands et la plateforme SignalAir illustrent une volonté claire : celle de mieux comprendre pour mieux agir, de prévenir plutôt que subir, et de faire de la qualité de vie un enjeu partagé par tous.
Une manière, en somme, de rappeler qu’un territoire industriel peut aussi être un territoire à l’écoute.