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Chatière du Havre : 20 000 accropodes pour un chantier hors norme
Au Havre, le ballet des camions, des grues et des équipes de chantier fait désormais partie du paysage. Depuis plusieurs semaines, la fabrication des accropodes destinés à la future digue de la chatière de Port 2000 bat son plein. Une étape clé d’un chantier colossal qui doit, à terme, transformer en profondeur l’organisation logistique du port et relier directement le terminal à la Seine.
Un accès fluvial attendu depuis plus de vingt ans
La chatière, ce passage navigable reliant Port 2000 au reste du port historique, n’est pas un projet récent. Elle figurait déjà dans les plans initiaux de Port 2000 au début des années 2000, avant d’être mise en pause pour des raisons budgétaires et techniques.
Aujourd’hui, portée par HAROPA PORT et soutenue par la Région Normandie, l’État et l’Union européenne, l’opération entre enfin en phase active.
L’objectif ? Permettre aux barges fluviales d’atteindre Port 2000 sans avoir à contourner par la mer. Une solution qui réduira la dépendance au transport routier, fluidifiera les flux de conteneurs et renforcera l’attractivité logistique de l’axe Seine.
Une digue de 1,8 km protégée par 19 900 accropodes
Pour construire la digue qui délimitera le futur passage, les équipes ont entamé la fabrication d’environ 20 000 accropodes™, ces blocs de béton dont la silhouette reconnaissable — un peu fantasque — permet un emboîtement très stable.
Produits directement sur site, ils seront ensuite transportés puis posés méthodiquement autour de la structure afin de la protéger durablement contre la houle.
Ces blocs, de près de 3 m³ chacun, sont coulés suivant une cadence pouvant atteindre 60 unités par jour. Une prouesse industrielle en soi, rendue nécessaire par les délais serrés d’un chantier dont le calendrier s’étend jusqu’en 2027 pour les phases de protection maritime.
Une technique éprouvée face à la houle normande
Les accropodes ne doivent rien au hasard : leur forme spécifique minimise le mouvement sous l’effet des vagues et optimise la dissipation d’énergie. Sur la digue de la chatière, ils joueront un rôle essentiel, protégeant l’infrastructure d’un environnement marin parfois rude.
Leur mise en œuvre a été précédée de campagnes géotechniques approfondies et de phases de reconnaissance pyrotechnique, en raison de l’histoire militaire du site.
Une préparation indispensable pour garantir la stabilité de la future digue sur le long terme.
Un chantier à forte dimension environnementale
Si l’objectif principal du projet reste logistique, la dimension environnementale n’est pas secondaire. En facilitant le transport fluvial, la chatière pourrait réduire significativement les flux de poids lourds vers et depuis Port 2000.
Une perspective saluée par les acteurs de la transition écologique, dans une région où le report modal est devenu une priorité.
Des suivis environnementaux réguliers sont également prévus tout au long du chantier, notamment concernant les fonds marins, les sédiments et la biodiversité marine locale.
Un projet structurant pour l’axe Seine
Avec la chatière, le Havre renforce son rôle stratégique sur la façade maritime française. Port 2000, déjà pilier du commerce international, pourrait profiter d’un accès fluvial plus direct pour accélérer sa multimodalité et améliorer la compétitivité de l’axe Seine face aux ports d’Europe du Nord.
Pour les entreprises de logistique, les transporteurs fluviaux, les armateurs mais aussi les habitants du territoire, le chantier représente un investissement d’avenir.
Financé à hauteur de près de 197 millions d’euros, il témoigne de la volonté d’adapter les infrastructures portuaires aux défis contemporains : mobilité, durabilité, efficacité.
Et maintenant ?
Les prochains mois seront consacrés à la poursuite de la fabrication des accropodes et aux préparatifs de leur installation. Parallèlement, les travaux de terrassement, de consolidation et les opérations maritimes s’intensifieront au fil de l’année.
Si tout se déroule comme prévu, la chatière pourrait devenir opérationnelle d’ici la fin de la décennie, ouvrant une nouvelle ère pour le transport fluvial havrais.