Actualités
Le Canopée : quand l’industrie spatiale passe par Caux Seine agglo
Le 11 août dernier, un navire pas tout à fait comme les autres faisait escale à Radicatel, à Saint-Jean-de-Folleville. Son nom : Canopée. Sa mission : assurer une nouvelle étape dans la logistique d’Ariane 6.
On pourrait presque croire à une scène de film : un imposant cargo aux allures futuristes remonte la Seine, passe devant les paysages normands et rejoint le terminal de Radicatel, au cœur du territoire de Caux Seine agglo.
Pourtant, derrière cette escale se cache une opération industrielle particulièrement précise.
Un navire venu de Guyane… avec Ariane 6 à son bord
Le Canopée venait de Kourou, en Guyane française, où les différents éléments d’Ariane 6 sont acheminés avant leur assemblage et leur lancement depuis le Centre spatial guyanais.
Le 11 août, à Radicatel, plusieurs composants du lanceur ont été transférés du Canopée vers la barge fluviale Obstiné. Direction : Les Mureaux, dans les Yvelines, où ArianeGroup assemble notamment l’étage principal du lanceur.
Dans le même temps, d’autres éléments ont effectué le trajet inverse, de la barge vers le Canopée.
Une opération de quelques heures seulement, mais qui illustre une réalité essentielle de l’industrie : un produit aussi complexe qu’une fusée ne repose pas uniquement sur les ingénieurs qui la conçoivent ou les techniciens qui l’assemblent. Il faut aussi être capable de transporter ses composants, parfois hors normes, sur des milliers de kilomètres.
Et cette fois, une partie de cette chaîne logistique est passée par Radicatel, sur le territoire de Caux Seine agglo.
Radicatel, une pièce de la chaîne industrielle
Le choix du terminal de Radicatel n’est pas anodin.
Situé à Saint-Jean-de-Folleville, le terminal dispose d’un quai de 420 mètres et de capacités adaptées à différents types de trafics : conteneurs, colis lourds, vrac, transport roulier ou encore marchandises diverses.
Sa particularité est aussi sa multimodalité : le site est connecté aux réseaux maritime, fluvial, ferroviaire et routier.
C’est précisément cette capacité à faire passer une marchandise d’un mode de transport à un autre qui a permis cette opération.
Ici, le Canopée assure le transport maritime et la barge prend ensuite le relais sur la Seine.
Mer, fleuve, route, rail : l’industrie moderne ne fonctionne pas en silos. Elle fonctionne en réseau.
Canopée, un cargo qui a des ailes
Mais l’élément impressionnant de cette histoire, c’est évidemment le Canopée.
Long de 121 mètres et large de 22 mètres, le navire a été conçu spécifiquement pour transporter les éléments d’Ariane 6 entre l’Europe et la Guyane.
Et il porte particulièrement bien son nom : il possède quatre ailes verticales OceanWings®, de 363 m² chacune.
Ces immenses ailes, installées sur des mâts de 37 mètres, sont automatisées et peuvent pivoter à 360° afin de tirer parti des conditions de vent.
Le navire combine ainsi propulsion thermique et assistance vélique.
Selon ArianeGroup et le CNES, cette technologie permet de réduire jusqu’à 30 % la consommation de carburant et les émissions associées par rapport à un navire conventionnel comparable.
Le Canopée peut également transporter jusqu’à 5 000 tonnes de charge utile, tout en étant suffisamment adapté pour accéder au port de Pariacabo, en Guyane, via le fleuve Kourou.
Autrement dit : il ne s’agit pas simplement d’un bateau auquel on aurait ajouté des voiles.
Le navire a été pensé dès sa conception autour d'un besoin industriel précis.
Une fusée ne commence pas son voyage sur le pas de tir
C’est peut-être là que cette histoire devient particulièrement intéressante.
Lorsqu’on pense à Ariane 6, on imagine naturellement le lancement depuis la Guyane, la mise à feu et la fusée qui s’élève dans le ciel.
Mais le voyage d’Ariane 6 commence bien avant.
Les différents éléments du lanceur sont fabriqués et assemblés sur plusieurs sites européens. Le Canopée effectue alors une véritable tournée industrielle : Brême pour l’étage supérieur, Rotterdam pour la coiffe, Le Havre pour l’étage principal et Bordeaux pour certains composants de propulsion, avant de rejoindre Kourou.
Une rotation complète entre l’Europe et la Guyane dure environ 27 jours.
Et le parcours peut ensuite s’effectuer dans l’autre sens, comme lors de cette escale exceptionnelle à Radicatel.
La fusée que l’on verra peut-être un jour décoller à plusieurs milliers de kilomètres d’ici est donc aussi le résultat d’une immense chaîne industrielle et logistique qui traverse l’Europe… et dont une partie passe par la Normandie.
Quand le maritime devient un laboratoire d’innovation
Le Canopée est finalement un bon résumé des transformations à l’œuvre dans l’industrie.
Il répond à un besoin très concret : transporter des pièces gigantesques, fragiles et extrêmement précieuses.
Mais il le fait en intégrant dès sa conception des enjeux environnementaux et énergétiques.
Son architecture hybride montre que la décarbonation du transport maritime ne passe pas nécessairement par une solution unique. Elle peut combiner plusieurs technologies : propulsion thermique, énergie du vent, optimisation des routes et systèmes de pilotage automatisés.
ArianeGroup indique d’ailleurs que le navire utilise un système de routage en temps réel pour adapter son itinéraire en fonction du vent et des contraintes de livraison.
L’innovation industrielle ne consiste donc pas seulement à inventer de nouveaux produits. Elle consiste aussi à repenser la manière dont on les fabrique, dont on les transporte et dont on les intègre dans une chaîne logistique toujours plus complexe.
De Radicatel à l’espace : l’industrie est partout
L’escale du Canopée à Radicatel peut sembler anecdotique.
Un navire passe. Des colis sont transférés. Une barge repart sur la Seine.
Pourtant, derrière cette opération se trouvent des métiers, des infrastructures, de la manutention, de la logistique, de l’ingénierie, de la navigation et des savoir-faire industriels.
Et c’est précisément ce qui rend cette histoire intéressante pour notre territoire.
Entre un site industriel des Yvelines, un terminal portuaire de Caux Seine agglo, un navire hybride, une barge fluviale et le Centre spatial guyanais, plusieurs industries et plusieurs modes de transport travaillent ensemble pour permettre à Ariane 6 de rejoindre l’espace.
La prochaine fois que vous verrez un cargo remonter la Seine, regardez-le peut-être autrement.
Il ne transporte pas forcément des marchandises ordinaires.
Il transporte peut-être une petite partie de l’industrie de demain.