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Cabot Carbone prévoit d’investir 130 millions d'euros pour accélérer la décarbonation de la plateforme industrielle de Port-Jérôme
La transition énergétique de l'industrie française se construit aussi sur le territoire de Caux Seine agglo. Parmi les projets industriels récemment mis à l'honneur par l'État figure celui de Cabot Carbone, adhérent d'INCASE, qui prévoit la création d'un Energy Center et d'un réseau de vapeur décarbonée sur son site de Lillebonne. Un investissement estimé à 130 millions d'euros, destiné à améliorer la performance énergétique de la plateforme industrielle tout en réduisant significativement son empreinte carbone
Retenu dans le cadre de la méthode Notre-Dame, dispositif national visant à accélérer les projets industriels stratégiques, ce programme illustre parfaitement les mutations engagées par les entreprises du territoire pour concilier compétitivité, innovation et transition
écologique.
Cabot Carbone, un acteur industriel historique du territoire
Implantée depuis plusieurs décennies sur la plateforme industrielle de Port-Jérôme, Cabot Carbone fait partie des acteurs majeurs de l'industrie chimique normande. L'entreprise produit du noir de carbone, une poudre extrêmement fine obtenue par transformation
d'hydrocarbures. Peu connu du grand public, ce matériau est pourtant omniprésent dans notre quotidien. Il entre notamment dans la fabrication des pneumatiques, où il améliore la résistance à l'usure et la longévité des gommes. On le retrouve également dans les plastiques techniques, les encres, les peintures, les câbles électriques ou encore certains composants électroniques. Cette production nécessite d'importants besoins énergétiques. Depuis plusieurs années, Cabot travaille donc à optimiser ses procédés afin de limiter leur impact environnemental tout en maintenant un haut niveau de performance industrielle.
Un Energy Center au cœur de la transition énergétique
Le projet présenté par Cabot et par son partenaire Engie repose sur un principe relativement simple : mieux valoriser l'énergie déjà produite par les installations industrielles. Lors de la fabrication du noir de carbone, une quantité importante de chaleur et de gaz est générée. Jusqu'à présent, seule une partie de cette énergie pouvait être exploitée. Avec la construction d'un nouvel Energy Center, ces ressources seront récupérées, optimisées puis transformées en vapeur industrielle. Cette vapeur alimentera naturellement les installations de Cabot, mais également plusieurs entreprises voisines de la plateforme industrielle grâce à la création d'un réseau dédié. Cette logique de mutualisation constitue aujourd'hui l'un des leviers les plus efficaces pour réduire les émissions de CO₂ de l'industrie lourde. En partageant une énergie déjà disponible, les industriels limitent leur consommation de combustibles fossiles et améliorent collectivement leur efficacité énergétique. Au-delà de la réduction des émissions, cette approche contribue également à renforcer la résilience énergétique du territoire face aux fluctuations des prix de l'énergie.
Un investissement de 130 millions d'euros
Avec un budget de 130 millions d'euros, le projet représente l'un des investissements industriels les plus importants actuellement portés sur la plateforme de Port-Jérôme. Au-delà des infrastructures techniques, cet investissement traduit une volonté de préparer
durablement l'avenir industriel du site. Les industriels sont aujourd'hui confrontés à plusieurs défis simultanés : hausse du coût de l'énergie, exigences réglementaires croissantes, objectifs européens de neutralité carbone et besoin de maintenir leur compétitivité à
l'international. Le développement d'infrastructures énergétiques partagées apparaît désormais comme une réponse concrète à ces enjeux. Le futur réseau de vapeur permettra ainsi d'améliorer les performances énergétiques de plusieurs entreprises de la lateforme, dans une logique de coopération industrielle particulièrement développée sur le territoire de Caux Seine.
La méthode Notre-Dame : accélérer les projets stratégiques
Le projet Cabot fait partie des dossiers retenus par l'État dans le cadre de la méthode Notre-Dame. Inspirée de l'organisation mise en place lors de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, cette démarche nationale vise à réduire les délais dministratifs pour les projets industriels considérés comme prioritaires. L'objectif n'est pas de diminuer les exigences environnementales, mais de simplifier les procédures et de mieux coordonner les différents services de l'État afin d'accélérer les investissements.
À l'échelle nationale, 150 projets ont été sélectionnés lors de cette première vague. En Seine-Maritime, seuls quelques projets industriels ont obtenu ce statut, confirmant leur importance pour la compétitivité française et la transition énergétique. Pour Cabot Carbone, cette reconnaissance constitue un véritable accélérateur, en permettant de sécuriser plus rapidement les différentes étapes administratives nécessaires à la réalisation du projet.
Une illustration concrète de l'écologie industrielle
Depuis plusieurs années, les plateformes industrielles françaises développent une approche appelée écologie industrielle et territoriale. Le principe est simple : les ressources produites par une entreprise peuvent devenir des matières premières ou des sources d'énergie pour une autre. Cette logique permet de limiter les pertes, de réduire les consommations d'énergie primaire et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre sans nécessairement modifier les procédés de production eux-mêmes. Le projet porté par Cabot s'inscrit pleinement dans cette dynamique. Plutôt que de produire individuellement leur vapeur, plusieurs industriels pourront bénéficier d'une énergie mutualisée, produite localement à partir de ressources déjà disponibles sur la plateforme.
Cette coopération renforce également la compétitivité collective du bassin industriel de Port-Jérôme, tout en améliorant son attractivité pour de futurs investissements.
Une dynamique qui confirme le potentiel industriel de Caux Seine agglo
Le territoire de Caux Seine agglo connaît actuellement une forte dynamique autour des projets liés à la transition énergétique. Développement de nouvelles infrastructures, captage du carbone, hydrogène, carburants durables, économie circulaire ou encore valorisation énergétique : les initiatives se multiplient et dessinent progressivement le visage de l'industrie de demain. Le projet de Cabot Carbone vient renforcer cette dynamique en démontrant que les entreprises historiques du territoire investissent elles aussi pour adapter leurs outils de production aux nouveaux enjeux climatiques et économiques. Pour INCASE, cette évolution illustre la capacité des industriels locaux à innover collectivement et à construire des solutions concrètes au service d'une industrie toujours
plus performante, plus sobre et plus durable. À travers cet investissement majeur, Cabot Carbone confirme ainsi que la transition énergétique ne se résume pas à une obligation réglementaire : elle constitue également une formidable opportunité de moderniser les infrastructures, de renforcer les coopérations industrielles et de préparer durablement l'avenir du territoire.