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La cybersécurité industrielle : protéger les systèmes pour préserver l’activité
La transformation numérique de l’industrie a profondément modifié la manière dont les sites de production fonctionnent. Automatisation, supervision à distance, maintenance connectée, échanges de données en temps réel ou encore IIoT (Industrial Internet of Things) permettent aujourd’hui d’améliorer la performance, la maintenance et la connaissance des procédés industriels.
Mais cette interconnexion croissante élargit également la surface d’exposition aux cybermenaces.
Pour les entreprises industrielles, la cybersécurité ne concerne donc plus uniquement les systèmes informatiques classiques. Elle concerne également les systèmes de contrôle et de supervision qui pilotent directement les installations et les procédés de production. L’ANSSI rappelle ainsi que les systèmes industriels, ou systèmes OT (Operational Technology), peuvent avoir une action physique directe et que leur sécurisation répond à des contraintes différentes de celles des systèmes informatiques traditionnels.
De l’informatique à l’outil de production
Dans une usine connectée, les frontières entre informatique et production sont de plus en plus poreuses.
Automates programmables, systèmes de supervision, capteurs, réseaux industriels, postes de maintenance ou solutions de télémaintenance peuvent communiquer avec des systèmes informatiques et des services extérieurs. Cette interconnexion apporte de nombreux bénéfices opérationnels, mais elle peut également créer de nouveaux points d’entrée pour une attaque.
La compromission d’un système industriel ne se limite par ailleurs pas à une perte de données. Elle peut perturber un procédé, interrompre une production, affecter la maintenance d’une installation ou, selon les systèmes concernés, avoir des conséquences sur la sécurité des personnes, des biens ou de l’environnement.
Les cyberattaques ayant touché des environnements industriels ces dernières années montrent concrètement cette réalité. L’attaque contre une installation de traitement de l’eau à Oldsmar, en Floride, en 2021, a notamment mis en évidence le risque lié aux accès distants : un attaquant avait réussi à accéder au système de contrôle et à modifier temporairement les paramètres de traitement de l’eau. La modification avait toutefois été détectée et corrigée par l’opérateur avant qu’elle n’ait de conséquence.
D’autres attaques ont directement perturbé des infrastructures industrielles. En 2016, le malware Industroyer a ainsi été utilisé dans une attaque contre le réseau électrique ukrainien, avec la capacité d’interagir avec certains équipements industriels.
Ces exemples illustrent une particularité majeure de la cybersécurité industrielle : derrière un système numérique se trouvent des équipements physiques, des procédés et des activités qui doivent continuer à fonctionner.
C’est pourquoi la cybersécurité industrielle doit être pensée en tenant compte à la fois des enjeux numériques et des réalités opérationnelles du site.
Le facteur humain reste essentiel
La technologie ne peut pas, à elle seule, constituer une réponse suffisante.
Les collaborateurs qui interviennent sur les systèmes industriels — opérateurs, techniciens, équipes de maintenance, informaticiens ou prestataires — jouent un rôle important dans la prévention des incidents. Une connexion distante mal maîtrisée, un support amovible compromis, un mot de passe réutilisé ou l’ouverture d’un fichier malveillant peuvent suffire à introduire une menace dans un environnement industriel.
La sensibilisation et la formation des salariés constituent donc un premier niveau de protection. L’ANSSI souligne d’ailleurs depuis plusieurs années l’importance de la formation des intervenants dans le renforcement des cyberdéfenses des systèmes industriels.
Cette sensibilisation doit être adaptée aux réalités du terrain : connaître les bons réflexes, savoir identifier une situation inhabituelle, comprendre les règles d’accès aux systèmes et surtout savoir à qui signaler un incident.
Protéger les systèmes industriels sans freiner la production
La sécurisation d’un environnement industriel nécessite une approche spécifique.
Les systèmes OT ont souvent des contraintes de disponibilité, de durée de vie et de compatibilité qui rendent certaines pratiques informatiques classiques plus complexes à appliquer. Une mise à jour ou une modification qui semble anodine dans un environnement bureautique peut, dans un contexte industriel, nécessiter une préparation et une validation beaucoup plus importantes.
La première étape consiste donc à connaître et cartographier son environnement : quels sont les équipements connectés ? Quels systèmes communiquent entre eux ? Quels accès sont nécessaires ? Quels prestataires disposent d’un accès à distance ? Quels équipements sont critiques pour la production ?
Cette connaissance permet ensuite de mettre en place des mesures adaptées : segmentation des réseaux, contrôle des accès, gestion des comptes et des privilèges, supervision, journalisation, maintien en conditions de sécurité ou encore gestion des mises à jour.
L’ANSSI recommande notamment une approche structurée autour de quatre piliers : gouvernance, protection, défense et résilience.
Anticiper l’incident pour préserver la continuité d’activité
Même avec des mesures de protection solides, le risque zéro n’existe pas. La cybersécurité industrielle doit donc également intégrer la capacité à détecter, gérer et surmonter un incident.
Que faire si un système de supervision devient indisponible ? Comment isoler une partie du réseau sans compromettre davantage le fonctionnement du site ? Qui doit être prévenu ? Comment maintenir ou reprendre l’activité ? Quelles données et quels systèmes doivent pouvoir être restaurés en priorité ?
Ces questions doivent être abordées avant qu’un incident ne survienne.
La préparation de plans de continuité d’activité (PCA) et de plans de reprise d’activité (PRA) permet notamment d’identifier les activités essentielles à maintenir ou à rétablir, les systèmes à restaurer en priorité et les conditions nécessaires à la reprise de l’activité après une attaque.
Ces dispositifs doivent s’inscrire dans une préparation plus large : gestion des sauvegardes, procédures d’urgence, définition des responsabilités, identification des priorités et exercices réguliers permettent de vérifier leur efficacité et de réduire le temps nécessaire pour retrouver une situation maîtrisée.
La capacité à reprendre l’activité après une attaque constitue ainsi un élément essentiel de la résilience industrielle. Il ne s’agit plus seulement de chercher à empêcher l’incident, mais également de préparer l’entreprise à fonctionner en situation dégradée et à retrouver progressivement ses capacités de production.
La continuité d’activité fait d’ailleurs partie des mesures de gestion des risques prévues par la directive NIS 2 pour les entités concernées, aux côtés notamment de la gestion des incidents et de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement.
Un enjeu collectif pour le territoire industriel
Dans un territoire industriel comme celui de Caux Seine agglo, la cybersécurité dépasse également le cadre de chaque entreprise.
Les interconnexions entre industriels, fournisseurs, prestataires de maintenance et autres partenaires rendent nécessaire une vigilance à l’échelle de l’écosystème. La sécurisation des accès des prestataires, la maîtrise des échanges de données et la capacité à réagir collectivement à une menace participent à la résilience de l’ensemble du tissu industriel.
Cette dimension collective est particulièrement importante dans des environnements où les entreprises sont interdépendantes. Une interruption de production peut en effet avoir des répercussions au-delà de l’entreprise directement touchée, en affectant des fournisseurs, des prestataires, des clients ou des flux logistiques.
La cybersécurité devient ainsi un élément à part entière de la performance industrielle et de la gestion du risque industriel : protéger les systèmes, c’est aussi protéger les outils de production, les salariés, les données et la continuité des activités.
Trois réflexes pour renforcer sa résilience cyber
Sensibiliser les équipes
Former régulièrement les collaborateurs et les intervenants aux risques spécifiques aux environnements industriels et aux procédures de signalement.
Connaître et protéger son système
Cartographier les équipements et les flux, maîtriser les accès, segmenter les réseaux et maintenir les systèmes dans un niveau de sécurité adapté à leur criticité.
Préparer la réponse à l’incident
Définir les procédures, les responsabilités et les priorités de reprise, puis les tester régulièrement afin de pouvoir réagir rapidement en cas d’incident.
La cybersécurité industrielle n’est donc pas uniquement une question d’outils ou de technologies. Elle repose sur une combinaison de prévention, de protection, d’organisation et de résilience.
Dans une industrie toujours plus connectée, cette capacité à anticiper et à continuer à produire malgré les aléas devient un enjeu stratégique pour les entreprises comme pour les territoires industriels.
Sources : ANSSI, La cybersécurité des systèmes industriels – Méthode de classification (2025) ; ANSSI, La cybersécurité des systèmes industriels – Mesures détaillées (2025) ; ANSSI, Cyberattaques et remédiation – Piloter la remédiation ; ANSSI, ressources relatives à la gestion des risques et à la directive NIS 2 ; CISA, ressources relatives à l’incident d’Oldsmar ; ESET, analyse d’Industroyer.