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La compensation environnementale : accompagner l’industrie par la restauration des milieux
Le développement industriel d’un territoire ne se mesure pas uniquement en hectares de foncier aménagé. Lorsqu’un projet modifie des milieux naturels ou agricoles, il doit également prendre en compte les fonctionnalités écologiques qui y sont associées. Sur le territoire de Caux Seine agglo, cette logique se traduit notamment par un programme de restauration et de renaturation de zones humides autour de Port-Jérôme 2.
L’objectif : accompagner l’implantation de nouvelles activités industrielles tout en restaurant, sur d’autres secteurs du territoire, des milieux capables d’assurer des fonctions écologiques durables.
Compenser les impacts des projets industriels
L’implantation de plusieurs projets sur la zone de Port-Jérôme 2 — notamment ceux d’Air Liquide, RTE, Futerro, Eastman et ENGIE Bioz — représente une emprise cumulée de près de 90 hectares. Ces projets sont soumis à des mesures environnementales selon la séquence « éviter, réduire, compenser », qui vise à limiter autant que possible les impacts sur les milieux naturels avant de mettre en œuvre des mesures de compensation lorsque des impacts résiduels demeurent.
Dans le cadre du dispositif de compensation des zones humides de Port-Jérôme 2, une règle de dimensionnement de 1,5 hectare compensé pour 1 hectare impacté, dans le respect du SDAGE, est appliquée. L’enjeu ne consiste pas simplement à recréer une surface équivalente : les opérations doivent également permettre de restaurer des fonctionnalités écologiques sur le long terme.
Pour accompagner cette démarche, Caux Seine agglo réalise, pour le compte des industriels et dans le cadre de conventions liant les différentes parties, les études, les travaux, la gestion ainsi que les suivis écologiques des sites de compensation. Cette organisation permet à chacun d’y trouver son intérêt : les industriels peuvent s’appuyer sur une collectivité qui dispose des compétences et de l’expertise nécessaires pour conduire ces opérations, tandis que Caux Seine agglo peut développer une approche globale à l’échelle du territoire. La mutualisation des opérations permet ainsi de créer un effet de masse et de favoriser la constitution de continuités écologiques pérennes.
Une convention de partenariat entre l’État et Caux Seine agglo, signée en 2019 et complétée depuis par des prescriptions préfectorales, encadre notamment cette démarche.
À Saint-Jean-de-Folleville, près de 50 hectares renaturés
La première opération d’envergure concerne la zone humide de Radicatel, à Saint-Jean-de-Folleville.
Sur 49,6 hectares, Caux Seine agglo et Caux Seine développement ont engagé en mars 2025 des travaux destinés à restaurer les fonctionnalités de la zone humide. Les aménagements ont notamment consisté à intervenir sur les modes d’utilisation des sols et les pratiques culturales, ainsi que sur la végétation et les écoulements, tout en conservant certains éléments favorables au retour de la faune et en en créant de nouveaux, comme des mares et des haies.
Le principe est celui d’une restauration progressive du milieu : les troncs laissés sur place, les branchages, les mares, les fossés, les haies et les espaces prairiaux peuvent contribuer à recréer une diversité d’habitats et à favoriser le retour d’espèces animales et végétales.
L’intervention ne s’arrête toutefois pas à la fin du chantier.
Caux Seine agglo prévoit d’assurer le suivi et l’entretien de la zone dans la durée, avec notamment le fauchage, l’entretien des haies, le curage des mares et fossés et un suivi écologique.
Lillebonne : une nouvelle étape dans la restauration des milieux
Le programme se poursuit aujourd’hui à Lillebonne.
Depuis février 2026, une nouvelle zone humide est en cours d’aménagement à proximité de la RD 982, à l’entrée de la ville. Cette opération s’inscrit dans le cadre de la compensation environnementale liée au projet d’Eastman et à son usine de recyclage moléculaire des plastiques.
Le chantier prévoit notamment la transformation d’une ancienne peupleraie et la restauration des fonctionnalités de la zone humide des Surelles. Sur le secteur concerné, une partie de la peupleraie représente environ 12 hectares, tandis que l’emprise globale du projet d’aménagement atteint environ 37,2 hectares.
La restauration prévoit également la création de nouvelles haies et de huit mares, ainsi que la transformation de secteurs agricoles en prairies humides.
Ces aménagements doivent recréer une mosaïque de milieux favorables à différentes espèces, parmi lesquelles le pélodyte ponctué, le crapaud calamite ou encore certaines orchidées sauvages. Les travaux doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2026.
Une démarche collective entre territoire et industriels
L’une des particularités du dispositif mis en place par Caux Seine agglo tient à la répartition des rôles.
L’agglomération et son agence de développement économique assurent les études, la maîtrise d’ouvrage des aménagements et le suivi écologique des zones restaurées. Les industriels, de leur côté, financent les opérations de compensation : acquisition des parcelles, études, travaux, gestion et entretien.
Cette organisation permet ainsi de mutualiser certaines opérations de compensation à l’échelle du territoire, plutôt que de raisonner uniquement projet par projet. Elle favorise une approche globale et la création de continuités écologiques cohérentes et durables.
Les industriels concernés peuvent par ailleurs être amenés à mettre en œuvre des mesures complémentaires directement sur leurs propres parcelles. Dans le cas de certains projets de Port-Jérôme 2, les dossiers environnementaux prévoient ainsi des mesures de compensation « in situ » et « ex situ », avec un suivi des fonctionnalités écologiques des sites concernés.
Restaurer, mais surtout maintenir dans le temps
La compensation environnementale ne se limite donc pas à planter quelques arbres ou à créer une mare pour atteindre une surface donnée.
Une zone humide joue plusieurs rôles : elle constitue un habitat pour la biodiversité, participe au fonctionnement hydrologique du territoire et contribue à la qualité des milieux aquatiques. Sa restauration doit donc être pensée dans la durée et accompagnée d’une gestion adaptée.
C’est tout l’enjeu des opérations engagées par Caux Seine agglo : faire de la compensation un véritable outil de renaturation du territoire, avec des interventions suivies dans le temps et une recherche d’équivalence fonctionnelle entre les milieux impactés et les sites restaurés.
À travers les opérations de Saint-Jean-de-Folleville et de Lillebonne, le territoire construit ainsi progressivement un réseau de sites de compensation autour de Port-Jérôme 2. Une démarche qui illustre une évolution importante dans la manière d’accompagner le développement industriel : anticiper les impacts, restaurer les milieux et inscrire leur gestion dans le temps.