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À Lillebonne, Tereos et le SEVEDE dessinent les contours d’une industrie circulaire
Dans l’estuaire de la Seine, là où l’industrie fait partie du paysage autant que de l’économie locale, certaines initiatives passent presque inaperçues… alors même qu’elles préfigurent l’industrie de demain. À Lillebonne, l’association entre Tereos et le SEVEDE en est une illustration particulièrement aboutie.
Car ici, il ne s’agit pas simplement d’optimiser un outil industriel. Il est question de repenser les flux, de reconnecter les acteurs du territoire et, au fond, de transformer une contrainte — les déchets — en véritable ressource.
Une industrie historiquement ancrée, en pleine transformation
Acteur majeur de la transformation de matières premières agricoles, Tereos s’appuie sur un modèle coopératif qui le relie directement aux territoires où il opère. Le site de Lillebonne en est un exemple emblématique. Implanté au cœur d’un bassin industriel dense, il transforme chaque année des centaines de milliers de tonnes de blé, tout en faisant vivre un écosystème économique local particulièrement structurant.
Mais derrière cette activité traditionnelle, une mutation est à l’œuvre. Sous l’effet des enjeux climatiques, énergétiques et réglementaires, l’industrie agroalimentaire n’a d’autre choix que de revoir ses modèles. Et c’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit le projet mené avec le SEVEDE.
Quand les déchets du territoire deviennent l’énergie de l’usine
À quelques kilomètres du site Tereos, l’unité de valorisation énergétique Ecostu’Air traite les déchets ménagers du territoire. Exploitée par Suez, cette installation ne se contente pas d’éliminer les déchets : elle en extrait de l’énergie, sous forme d’électricité et surtout de vapeur.
C’est cette vapeur qui alimente directement l’usine Tereos, via un réseau dédié. Ce qui pourrait n’être qu’un simple raccordement technique devient en réalité un pivot stratégique. Une part significative des besoins énergétiques du site repose désormais sur une énergie produite localement, à partir de ressources qui, hier encore, étaient considérées comme des rebuts.
Le schéma est vertueux à plusieurs niveaux. Il permet d’abord de réduire fortement la dépendance aux énergies fossiles, en substituant une énergie récupérée à du gaz naturel. Il contribue ensuite à limiter les émissions de CO₂, en s’inscrivant dans une logique de circuit court énergétique. Enfin, il renforce la résilience du territoire en créant des interconnexions concrètes entre ses infrastructures.
Une symbiose industrielle devenue référence
Ce type de collaboration porte un nom : la symbiose industrielle. Et celle de Lillebonne est régulièrement citée comme un exemple particulièrement abouti, notamment par les acteurs institutionnels régionaux. Elle illustre une idée simple mais encore trop peu mise en œuvre à grande échelle : les déchets des uns peuvent devenir les ressources des autres.
Dans ce modèle, l’industrie ne fonctionne plus en silos. Elle devient un réseau d’échanges, où les flux de matière et d’énergie sont optimisés à l’échelle d’un territoire entier. Une approche qui nécessite coordination, investissement et vision à long terme - mais dont les bénéfices dépassent largement le seul cadre environnemental.
Une trajectoire alignée avec les enjeux climatiques
Pour Tereos, cette initiative n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une stratégie globale de décarbonation, avec des objectifs ambitieux à l’échelle européenne. Réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre et tendre vers la neutralité carbone implique de multiplier ce type de solutions hybrides, à la croisée de l’industrie, de l’énergie et des territoires.
La valorisation énergétique des déchets apparaît ainsi comme un levier concret, immédiatement activable, loin des promesses encore incertaines de certaines technologies émergentes.
Sécurité et coopération : une responsabilité élargie
Cette logique d’ancrage territorial ne se limite pas aux enjeux énergétiques. Elle se traduit également par un engagement renforcé en matière de sécurité industrielle. Dans cette optique, Tereos a récemment formalisé une collaboration avec le Service Départemental d’Incendie et de Secours de Seine-Maritime.
La signature d’une convention de formation vient structurer les échanges entre les équipes du site et les services de secours. Elle permet d’anticiper plus finement les risques, d’améliorer les capacités d’intervention et de renforcer une culture commune de la sécurité. Un volet souvent moins visible, mais essentiel dans des environnements industriels complexes.
Une démonstration à ciel ouvert de l’industrie de demain
À Lillebonne, rien n’a été révolutionné du jour au lendemain. Et c’est peut-être ce qui rend l’exemple encore plus intéressant. En connectant intelligemment des infrastructures existantes, en décloisonnant les usages et en misant sur des partenariats locaux, Tereos et le SEVEDE démontrent qu’une transition industrielle concrète est déjà en marche.
Une transition qui ne repose pas uniquement sur des innovations spectaculaires, mais sur une relecture pragmatique des ressources disponibles. Ou comment, en partant du territoire, redessiner les contours d’une industrie plus sobre, plus intelligente — et nettement plus circulaire.