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Port-Jérôme et INCASE : deux histoires, un même destin industriel
Pendant près d'un siècle, la Zone de Port-Jérôme a vécu toutes les grandes transformations de l'industrie française. Des premiers temps du pétrole aux défis de la décarbonation, la plateforme industrielle normande n'a cessé de se réinventer.
Créée en 1972 sous une autre identité, l'association est née de la volonté des industriels du territoire de travailler ensemble sur leurs problématiques communes. Cinquante ans plus tard, après plusieurs évolutions successives, elle devient INCASE, symbole d'un ancrage territorial et industriel renforcé.
L'histoire de Port-Jérôme et celle d'INCASE sont profondément liées. La première a façonné le principal pôle industriel du territoire. La seconde a progressivement fédéré les entreprises et les acteurs économiques de l'ensemble de Caux Seine agglo autour d'enjeux communs.
Quand Port-Jérôme invente son avenir industriel
Tout commence au début des années 1930.
Sur les rives de la Seine, à Notre-Dame-de-Gravenchon, l'État et les industriels identifient un site exceptionnel. Le fleuve permet l'acheminement des matières premières, les espaces disponibles sont vastes et la situation géographique place le territoire au cœur des grands échanges maritimes.
En 1933, l'installation de la raffinerie Standard Oil of New Jersey marque l'acte fondateur de ce qui deviendra l'un des plus importants complexes industriels français.
Très vite, la zone de Port-Jérôme dépasse sa fonction de simple raffinerie. Une véritable cité industrielle se construit autour des installations. Logements, équipements publics, infrastructures et emplois transforment profondément le paysage local.
Malgré les destructions de la Seconde Guerre mondiale, le site est reconstruit et entre, dès l'après-guerre, dans une phase d'expansion spectaculaire.
Les Trente Glorieuses : l'âge d'or de la pétrochimie
Entre les années 1950 et 1970, la zone de Port-Jérôme devient l'un des symboles de la puissance industrielle française.
Autour de la raffinerie se développent des activités de chimie lourde, de fabrication de plastiques, de caoutchoucs synthétiques et de nombreux procédés pétrochimiques. Le site attire des milliers de salariés et un vaste réseau de sous-traitants.
Cette croissance exceptionnelle apporte cependant de nouveaux défis.
Les entreprises partagent les mêmes infrastructures, les mêmes risques industriels et les mêmes enjeux environnementaux. La nécessité de coordonner les acteurs du territoire devient progressivement une évidence.
1972 : la naissance de l'AEPJR
C'est dans ce contexte qu'est créée une association regroupant les industriels du territoire afin de traiter collectivement les enjeux communs de la zone. Parmi les premiers sujets figurent notamment la gestion de l'eau industrielle, les nuisances environnementales, la sécurité des installations et les relations avec les collectivités.
Au fil des années, l'association évolue et élargit alors son périmètre d'action et adapte son identité aux transformations du territoire. Son nom devient alors AEPJR (Associations des Entreprises de Port-Jérôme et de sa Région).
L'ajout du terme « Région » dans son appellation traduit déjà une réalité : les enjeux industriels dépassent largement les seules limites de la zone de Port-Jérôme.
L'AEPJR devient rapidement un espace unique de dialogue entre des entreprises parfois concurrentes mais confrontées aux mêmes responsabilités.
Alors que Caux Seine agglo poursuit son développement, l'association pose les bases de ce qui deviendra l'une de ses plus grandes forces : l'intelligence collective au service de l'industrie.
Des crises pétrolières à la culture du risque
Les années 1970 et 1980 marquent un changement d'époque.
Les chocs pétroliers fragilisent l'économie mondiale. Les préoccupations environnementales s'intensifient. Les réglementations sur les risques industriels se renforcent avec l'émergence des dispositifs Seveso.
Dans la zone de Port-Jérôme, ces évolutions représentent un défi majeur, et pour l'association également, qui voit progressivement son rôle s'élargir pour accompagner les entreprises face à des enjeux toujours plus complexes.
L'association élargit progressivement son champ d'action. Aux problématiques environnementales s'ajoutent la sûreté, la gestion des risques majeurs, les exercices de crise, la prévention et les relations avec les pouvoirs publics.
À mesure que la plateforme industrielle devient plus complexe, la coopération devient un facteur de résilience.
La mondialisation change les règles du jeu
À partir des années 1990, les grands équilibres industriels mondiaux se transforment.
Les complexes pétrochimiques du Moyen-Orient et d'Asie gagnent en compétitivité. Les groupes internationaux réorganisent leurs activités. Les exigences économiques se renforcent.
La zone de Port-Jérôme doit s'adapter.
Pourtant, le territoire conserve des atouts considérables : située entre Le Havre et Rouen, reliée à Paris par l'axe Seine et ouverte sur les grands flux maritimes internationaux, la zone bénéficie d'une position logistique exceptionnelle. À cela s'ajoutent des infrastructures interconnectées, une main-d'œuvre qualifiée et un écosystème industriel unique en France.
Durant cette période, l'AEPJR dépasse son rôle historique de structure technique. Elle devient progressivement un acteur du développement territorial, contribuant aux réflexions sur l'emploi, les compétences et l'attractivité industrielle.
L'association ne se contente plus d'accompagner l'industrie. Elle participe désormais à la réflexion sur son avenir.
Les années 2010 : le moment de vérité
Les années 2010 marquent une période de profonde réflexion pour l'industrie française. La transition énergétique s'accélère, les exigences environnementales se renforcent et les territoires industriels doivent préparer leur transformation.
Sur le territoire de Caux Seine agglo, cette décennie devient celle de l'anticipation et de la diversification.
Pour beaucoup d'environnements industriels, ce type de choc peut marquer le début du déclin. Sur Caux Seine agglo, il devient au contraire le point de départ d'une nouvelle ambition.
Collectivités, industriels, services de l'État et acteurs économiques s'engagent dans une stratégie de reconversion et de diversification fondée sur les technologies d'avenir.
Cette période confirme l'importance des structures capables de fédérer les entreprises autour d'une vision commune.
L'AEPJR se trouve alors au cœur de cette dynamique collective.
2022 : l'AEPJR devient INCASE
Cinquante ans après sa création, l'association change de nom.
L'AEPJR devient INCASE — Industries Caux Seine.
Ce nouveau nom traduit une réalité : l'association représente désormais un territoire industriel beaucoup plus vaste que la seule zone de Port-Jérôme.
L'ajout de la référence à Caux Seine affirme également un ancrage territorial fort. Dans une région où l'industrie façonne depuis des décennies l'économie, l'emploi et l'identité locale, INCASE revendique pleinement son rôle de fédérateur des acteurs industriels du territoire.
Ce changement d'identité accompagne une transformation plus profonde.
Les enjeux ne sont plus uniquement ceux de la sécurité ou de la compétitivité. Ils concernent désormais la décarbonation, l'économie circulaire, les nouvelles énergies et l'attractivité des métiers industriels.
Comme Caux Seine agglo, l'association entre dans une nouvelle phase de son histoire.
Aujourd'hui : construire l'industrie bas carbone
La décennie 2020 ouvre un nouveau chapitre.
Caux Seine agglo accueille des projets qui dessinent le futur de l'industrie européenne : production d'hydrogène bas carbone, recyclage moléculaire des plastiques, bioplastiques biosourcés, optimisation des ressources et réduction des émissions industrielles.
L'objectif n'est plus seulement de produire.
Il s'agit désormais de produire autrement.
Dans cette transformation, INCASE joue un rôle de facilitateur et de coordinateur. L'association accompagne les coopérations industrielles, participe aux réflexions stratégiques sur la transition énergétique et contribue à faire émerger une vision commune du développement industriel du territoire.
Une histoire qui continue de s'écrire
Depuis près d'un siècle, la zone de Port-Jérôme a traversé les guerres, les reconstructions, les crises pétrolières, la mondialisation et les mutations énergétiques.
Depuis plus de cinquante ans, l'association a accompagné chacune de ces étapes.
L'une a façonné le paysage industriel normand. L'autre a permis aux acteurs de ce paysage d'avancer ensemble.
Aujourd'hui encore, alors que le territoire s'invente un avenir fondé sur la décarbonation et l'innovation, leurs trajectoires demeurent indissociables.
Car si la zone de Port-Jérôme demeure le cœur industriel du territoire, l'histoire d'INCASE s'inscrit aujourd'hui à l'échelle de l'ensemble de Caux Seine agglo. Au fil des décennies, l'association est devenue un trait d'union entre les entreprises, les collectivités et les acteurs économiques qui construisent l'industrie de demain.